Ratification de la convention OIT 181 autorisant les agences d’emploi privées

L’instrument de mesure des résultats – le calcul automatisé du taux de sorties vers l’emploi – est désormais en place, prêt à fonctionner.

La comparaison des « performances » est maintenant possible en temps réel et à tous les niveaux.

Le gouvernement vient d’annoncer que jeudi prochain 18 décembre sera présenté à l’Assemblée Nationale – selon la procédure accélérée – un projet de loi permettant à la France de ratifier la convention n° 181 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Cette convention permet aux états signataires d’autoriser l’activité des agences d’emploi privées.

C’est évidemment une très mauvaise nouvelle pour le service public de l’emploi.

Mais c’est aussi une très mauvaise nouvelle pour l’ensemble des salariés de notre pays. Le « taux de sorties vers l’emploi » est un critère purement quantitatif. Il ne tient pas compte de la qualité des emplois repris. La course à la quantité des « reprises d’activité » ne peut que mener à la dégradation de la qualité de l’accompagnement des privés d’emploi, à la précarisation croissante d’une part toujours plus importante des salariés.

Le rapport Boulanger, publié en 2008, annonçait « la structuration d’un marché d’acteurs performants [du reclassement] ».

Le classement mensuel ne concerne pas que les conseillers, les équipes, les agences Pôle Emploi. Il concerne aussi les futurs concurrents de Pôle Emploi. Bien plus, il était la condition de leur émergence. La concurrence est installée à tous les niveaux au service d’un seul objectif : contraindre de plus en plus les privés d’emploi à renoncer à toute exigence.

Depuis plus de deux ans, la CGT Pôle Emploi Lorraine explique sans relâche ce qui se prépare. C’est tellement énorme que bien peu y croyaient au début. Aujourd’hui les choses sont claires.

Il est encore temps de rassembler largement, bien au-delà des privés d’emploi et des agents de Pôle Emploi. Tou-te-s les salarié-e-s de notre pays sont concernés à des degrés divers. Tous ensemble, nous pouvons encore faire reculer ce projet.

En pièce jointe, le projet de loi visant à permettre la ratification de la convention n° 181 de l’OIT.

pl1887.pdf

La sénatrice Évelyne Didier interroge le ministre du travail à propos du classement mensuel des conseillers

Question écrite n° 14116 de Mme Évelyne Didier (Meurthe-et-Moselle – CRC)

publiée dans le JO Sénat du 11/12/2014 – page 2738

téléchargement (9)

« Mme Évelyne Didier attire l’attention de M. le ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social sur la mise en place d’un classement mensuel des conseillers de Pôle emploi prévue pour début 2015, et son impact sur les demandeurs d’emploi et l’ensemble des salariés. En effet, il est question de classer mensuellement chaque agence et chaque conseiller de Pôle emploi en fonction du taux de sorties vers l’emploi des personnes qu’il est chargé de suivre. Or, cette mesure ne tient compte que de la quantité des contrats de six mois ou plus trouvés par les demandeurs d’emploi, et non de leur qualité et du marché local du travail. Les conseillers vont ainsi être obligés de contraindre les inscrits à prendre n’importe quel contrat de six mois ou plus, même peu rémunéré, très éloigné de leur domicile, correspondant ou non aux qualifications de l’intéressé. Cette mesure risque donc d’accélérer la précarisation des salariés en mettant la pression sur les chercheurs d’emploi pour les contraindre à abandonner toute exigence en termes de choix, de salaire ou encore de proximité. C’est pourquoi, elle lui demande si le Gouvernement compte revoir ce pilotage par les seuls résultats et, au contraire, apporter les moyens matériels et humains pour accompagner véritablement et individuellement chaque demandeur d’emploi. »

En attente de réponse du Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social

Nouvel ANI sur le Contrat de Sécurisation Professionnelle : danger pour le Service Public de l’Emploi !

L’article 21 de l’accord national interprofessionnel (ANI) du 31 mai 2011 devient l’article 22 dans le projet de nouvel accord.

Mais surtout les lignes suivantes ont été rajoutées à cet article :

« Tous les opérateurs, y compris Pôle Emploi, chargés de l’accompagnement des bénéficiaires du CSP sont rémunérés en fonction des résultats obtenus en matière de reclassement durable en emploi. S’agissant de Pôle Emploi, la rémunération aux résultats tient compte des contraintes liées à sa mission d’opérateur public de l’emploi.

Dans le cadre de la mise en œuvre du dispositif, Pôle Emploi veille à ce que les relations avec les opérateurs en charge du suivi soient facilités par un partage d’information optimisé (par exemple par la mise à disposition des opérateurs des déclaration préalable à l’embauche concernant les bénéficiaires dont ils ont la charge de l’accompagnement et du suivi). »

Rémunération aux résultats, reclassement « durable » (6 mois ou plus), transmission des déclarations préablables à l’embauche (DPAE), on retrouve dans ce projet de nouvel accord tous les ingrédients du classement mensuel des conseillers et plus largement de l’ensemble des « opérateurs », alias « performance comparée », alias « pilotage par les résultats ». Mise en concurrence à tous les étages, évaluation quantitative et non qualitative des « reclassements », passage d’une logique de service public de l’emploi à une logique de création d’un marché du reclassement.

Les quelques avancées qui pourraient être contenues dans d’autres articles du projet d’ANI ne peuvent en aucun cas compenser ce qui va dans le sens de la disparition complète du service public de l’emploi. Les conséquences de cette disparition seraient dramatiques pour l’ensemble des salariés de notre pays.

Le pilotage par les résultats, un point du projet qui peut fragiliser le collectif, facteur de protection

Ci-dessous un extrait du rapport d’expertise réalisé par 3E Consultants à la demande du CHSCT Pôle Emploi Lorraine et présenté aux élus en février 2013.

« Le pilotage par les résultats, un point du projet qui peut fragiliser le collectif, facteur de protection

Comme on l’a vu plus haut, le projet s’appuiera donc sur le modèle de la performance qui s’exprime par un pilotage par les résultats. Jusqu’à présent, les conseillers disposaient d’indicateurs de moyens pour se situer dans leur travail (nombre d’entretiens physiques mensuels réalisés…).

Ils auront désormais des indicateurs de résultats permettant de mesurer l’efficacité des reclassements. Les agences vont pouvoir être évaluées au travers d’indicateurs comme le taux de reprise à l’emploi ou taux de DUE (déclaration unique d’embauche). Il s’agit de mesurer sur le nombre de placements des DE qui deviennent possibles aujourd’hui.

Si jusque-là, la transmission systématique du NIR (Numéro d’inscription au registre national) était interdite sauf cas exceptionnel de contrôle, un décret modifiant l’article R 1221-17 du code du travail datant de juillet 2012 ajoute le NIR de la personne embauchée aux informations issues de chaque DPAE (Déclaration préalable à l’embauche) que l’URSSAF est tenue de transmettre systématiquement à Pôle Emploi. Ce NIR permet à Pôle Emploi d’intégrer aux dossiers des demandeurs d’emploi les déclarations préalables à l’embauche qui les concernent.

À partir de là, il devient possible de calculer le pourcentage de demandeurs d’emploi qui reprennent un emploi sur une période donnée par rapport à l’ensemble des DE.

Jusqu’en juillet 2012, la mesure du taux de reprise était floue au plan local. Or, elle devient désormais possible et précise aujourd’hui. Pôle Emploi est en mesure de savoir combien de demandeurs d’emploi font l’objet d’une déclaration d’embauche en temps réel au sein de chaque portefeuille. Cela signifie que la comparaison mensuelle de la performance en termes de reprise d’emploi est possible, ce qui fait redouter à certains une comparaison des résultats et une mise en concurrence au niveau individuel, de l’équipe ou des agences.

« On va être mesuré et donc on va être mis en concurrence »

« Les agences risquent d’être mises en concurrence les unes avec les autres…on n’aura pas tout le même taux de placement, car ce sera en fonction du type de portefeuille, en fonction des DE, et des secteurs d’activité »

« Il y a une peur d’être jugé sur un taux de placement, avec derrière la peur d’une pression pour faire du chiffre. »

Même si dans le discours de la Direction, il s’agit « de voir comment on améliore la situation par agence et de mesurer la capacité d’une agence à faire mieux en fonction de son environnement », il sera ensuite possible de comparer les agences entre elles. D’après la direction, cette comparaison se fera uniquement au niveau des agences. Cette mise en concurrence peut s’apparenter à une forme
de « benchmark » des agences Pôle Emploi. Cette mise en concurrence peut mettre l’ensemble du système sous tension avec la crainte pour certains conseillers de passer plus de temps sur les indicateurs qu’avec les demandeurs d’emploi et d’une accélération du rythme de travail et d’un éclatement du collectif, avec des impacts catastrophiques sur les troubles psychosociaux au regard des autres facteurs de risques déjà intenses.

Pour qu’un collectif existe, il est important que ses membres partagent des valeurs et construisent ensemble des règles de métiers. Il est nécessaire que ces personnes se connaissent entre elles, avec les différences, les compétences spécifiques de l’un ou l’autre et qu’elles se fassent confiance dans la réalisation de l’activité. Le collectif de travail ainsi constitué assure alors des fonctions de soutien, de reconnaissance, de construction de règles communes réduisant les incertitudes et participe pour l’individu à la définition de son identité professionnelle. Par ces fonctions, le collectif de travail est un facteur important de protection de la santé
physique et surtout mentale.

Si le collectif est mis en avant comme ressource indispensable au travail, un facteur important de protection des risques psychosociaux, le pilotage par les résultats pourrait le fragiliser en mettant en place une telle gestion. C’est bien ce que démontre Vincent de Gaulejac dans la mesure où dans ce système, « chacun doit continuellement se dépasser pour faire mieux […] que les autres qui deviennent alors des concurrents. Le culte de la performance introduit dans le monde du travail une concurrence permanente qui met l’ensemble des salariés dans une exigence de toujours plus. Le travail ne consiste plus à réaliser une tâche prédéfinie en temps et en heures, mais à réaliser des performances. »

D’ailleurs, à ce sujet une jurisprudence établit un lien entre ce mode de gestion des performances et le danger qu’il induit pour la santé des salariés. Le TGI de Lyon a effectivement reconnu la dangerosité d’un tel système de gestion des performances. Selon ce tribunal, « il résulte de l’article L. 4121-1 du code du travail que l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, qu’il doit prévenir le risque et non intervenir a posteriori ». En outre, « il est de jurisprudence constante que l’obligation de sécurité qui repose sur l’employeur est une obligation de résultat ».

Pour les magistrats du TGI, « l’employeur n’avait pas respecté l’obligation de résultat qui pèse sur lui », car « en instaurant comme mode d’organisation du travail le benchmark, il avait gravement compromis la santé de ses salariés, comme cela lui avait été indiqué régulièrement et par plusieurs instances ». Or, « les mesures mises en place par l’entreprise (à savoir un observatoire des risques psychosociaux, un numéro vert, un « plan d’action qualité du travail »), étaient largement insuffisantes pour répondre à la problématique du benchmark comme l’avaient noté les médecins du travail dans leur rapport ». En effet, ces mesures ne visaient pas à supprimer le risque à la source, mais à intervenir a posteriori une fois que le risque est révélé « 

Expertise CHSCT – Projet important : Effets sur les conditions de travail induits par la mise en œuvre des premières évolutions de l’entretien d’inscription et de
diagnostic et les nouvelles modalités de suivi et d’accompagnement des demandeurs d’emploi. 28 février 2013 réalisée par 3E Consultants pour le CHSCT Pôle Emploi Lorraine (pages 86 à 88)

À quelques jours de la désignation d’un nouveau CHSCT, il nous paraît important de saluer le travail effectué depuis deux ans par l’ensemble des élus depuis novembre 2012- Personne ne peut contester que les trois élus CGT y ont pris une grande part –

Le rapport dont un extrait est publié ci-dessus – unique en France – est un point d’appui solide pour engager la responsabilité des directions suite aux conséquences nocives que ne manquera pas d’occasionner l’instauration prochaine du classement mensuel des équipes et des conseillers.

La Tribune : « La France cancre de l’emploi, c’est faux ! »

L’article qu’a publié la Tribune avant hier vaut la peine d’être lu. En effet il sort du discours idéologique ambiant.

Extraits :

«  »Mais entre les minijobs allemands, les contrats zéro heure en grande Bretagne, la montée du temps partiel, et nos propres emplois dégradés en France quel est le bilan véritable de ces créations d’emploi en termes de volume horaire de travail. Au fond, parmi ces pays, qui a créé le plus d’heures de travail ? »

et

« C’est au fond la capacité à créer des heures de travail par personnes en âge de travailler qui permet de jauger la performance véritable des économies. Et là encore la France fait bonne figure en dépit de sa dynamique démographique. Elle surclasse cette fois ci très nettement les Etats-Unis mais aussi le Royaume-Uni sans parler de l’emblème de la flexi-sécurité qu’incarne le Danemark. »

Poser la question de la qualité des emplois créés ou repris, et pas seulement de leur quantité, c’est en effet la bonne approche.

C’est une approche totalement différente de celle de la convention tripartite et de son indicateur ICT1 sur lequel sera bientôt basée la « performance comparée » si nous laissons faire.

Il faudrait toutefois aller plus loin que ce que propose l’article et intégrer d’autres critères que le nombre d’heures : le salaire, la proximité, le fait que cet emploi corresponde ou pas aux qualifications de la personne, le fait qu’il corresponde à ses attentes, etc.

Des contrôleurs à temps plein de la recherche d’emploi : la partie émergée de l’iceberg


Le contrôle des chômeurs ce n’est pas seulement la mise en place de conseillers dédiés à temps plein au contrôle.

C’est surtout l’instauration d’un système de benchmarking – la « performance comparée », ou plus concrètement le classement mensuel des équipes et des conseillers chargés du suivi individuel des privés d’emploi.

Dès maintenant, préparons-nous à résister à la « performance comparée ».

Saisissons l’occasion de la grève du 18 novembre pour prendre le temps de nous documenter sur le sujet.