Dématérialisation à outrance ou le « sévice public »…

Selon une étude récente 57% des Français jugent nécessaires de conserver des services publics de proximité, quitte à augmenter les impôts si cela s’avérait nécessaire.

Le Défenseur des droits a révélé l’impact négatif de la dématérialisation des services publics sur les usagers les plus fragiles. 16% des Français n’ont pas internet et 21% ne sont pas à l’aise pour l’utiliser.

Les Maisons de services au public (MSAP) sont des outils de mutualisation des services publics basés sur la transition numérique. Un cache-misère à la fermeture des services publics dans les territoires, estime la CGT qui s’y oppose.

Pôle emploi perd son ADN

Dans sa course à la dématérialisation, Pôle emploi revoit  son  organisation,  quitte  à  sacrifier ses métiers de base : l’accompagnement et l’indemnisation.
La digitalisation à Pôle Emploi pose des problèmes parce que les chômeurs ont tendance à être parmi les principales victimes de la fracture numérique. Mais tant pis pour eux, l’Etablissement fonce, on y va à fond sur les MSAP.
Alors qu’une loi oblige la Poste à conserver 17.000 points de contact, il n’existe pas une loi obligeant Pôle Emploi à conserver ses points de contact actuels…

Le 6 mars, des milliers d’agents de Pôle emploi ont manifesté en France. En cause notamment, le « Projet stratégique 2020 » de la direction qui mise sur le tout numérique, la poursuite de l’externalisation et de la privatisation des missions, la réorganisation permanente de l’accueil…
Des orientations qui remettent en cause les métiers et dégradent la qualité du service. Suivant ainsi une logique toujours plus poussée de mise à distance des demandeurs d’emploi via l’automatisation des procédures dès l’inscription, la fermeture des agences l’après-midi ou la segmentation des publics, selon que l’opérateur les estime plus ou moins éloignés de l’emploi. Un secteur, en particulier, est visé par l’accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, signé fin 2016 : celui de l’indemnisation.
« Petit à petit, le métier est vidé de son contenu », témoigne Patrick, conseiller depuis quinze ans. Une spécialisation jugée en décroissance : deux à trois mille agents sont priés de se reclasser dans l’accompagnement, d’ici deux ans. Engagé avec l’externalisation des activités à faible valeur ajoutée (saisie des bulletins de salaire ou des attestations employeur), le processus s’est poursuivi avec l’automatisation du calcul des droits. Problème, il suffit d’une erreur dans l’attestation de l’employeur ou dans le parcours renseigné par le demandeur d’emploi pour que cela fausse le montant de l’indemnité ou retarde le traitement du dossier. Générant des tensions, des rancœurs, parfois de la violence de la part des usagers.
Or, le risque d’erreur est élevé au regard du nombre important de personnes qui enchaînent les contrats précaires sous des statuts différents. « C’était plus simple quand on recevait les gens. On les questionnait sur leurs emplois,  on  savait  quels  documents étaient nécessaires pour traiter leur dossier et calculer leur taux au mieux. Là, la machine ou l’employé de l’entreprise sous-traitante ne peut pas le deviner s’il n’a pas été formé », explique Jacques, d’une agence de Lyon.
Deux logiques semblent  prévaloir :  l’une  selon  laquelle le demandeur d’emploi serait responsable du chômage et l’autre qui voudrait que l’action du conseiller se mesure  à  l’aune  d’une  performance individuelle.  « Le  contact  humain,  les notions de projet, de démarche partagée, qui sont au cœur de la relation entre le  conseiller  et  le  demandeur  d’emploi, tendent  à  s’effacer »,  déplore  Nadine, formée à la double compétence. « Sur l’indemnisation, on gère les attentes. On tente de voir ce qui bloque les dossiers. Sur l’accompagnement, cela se résume à fournir de la main-d’œuvre aux secteurs en tension. C’est frustrant. » Le comble étant  Bob  emploi,  une  plateforme  de données censée proposer un accompagnement sur mesure, qui se révèle être un banal moulin à statistiques.
« Je suis entrée à l’époque de l’ANPE avec l’envie de travailler auprès de gens en difficulté, de les écouter, d’envisager avec eux les réponses adaptées à leur situation, se souvient Valérie. Aujourd’hui, tout est fait pour casser l’outil Pôle emploi et se passer des conseillers. La direction considère qu’elle gère des clients. Et se dit à leurs côtés pour réussir. Mais tout ça est de plus en plus virtuel. »

Cliquer ici pour lire un extrait d’un rapport conjoint IGF-IGAS (Inspection Générale des Finances, Inspection Générale des Affaires Sociales) de février 2017.

L’intersyndicale CGT – FO -SNU – SUD appelle a une mobilisation nationale du personnel début mars 2017

Communiqué de l’intersyndicale:

« L’intersyndicale CGT-SNU-FO réunie le 14 Décembre 2016 a décidé de construire les conditions nécessaires à la réussite d’un mouvement de mobilisation nationale du personnel de Pôle emploi.
A cet effet, sur la base de leurs revendications propres, mais constatant d’ores et déjà des revendications communes, et conscients que pour les faire aboutir seule la mobilisation collective peut le permettre, elles travailleront – dès la première semaine de Janvier 2017 – à l’élaboration d’une plate-forme d’action commune centrée sur : La défense du Service Public et de la protection sociale collective, l’avenir de Pôle emploi, de nos métiers et nos missions, la situation actuelle et le devenir des personnels, gravement menacés par les orientations stratégiques et l’accord GPEC, la régionalisation et les privatisations en cours notamment.
Afin de réussir cet objectif commun plusieurs rencontres sont d’ores et déjà programmées. Nos organisations appellent tous leurs syndicats et sections syndicales à converger dès maintenant, vers la construction de cette mobilisation pour la première quinzaine de Mars 2017, condition indispensable à la réussite de cette mobilisation unitaire et nationale. »

Le syndicat SUD s’est associé à cette démarche.

La Confédération des Fossoyeurs Du Travail (CFDT), la signe-tout responsable (avec quelques autres que vous reconnaîtrez…) de la dégradation exponentielle des conditions de vie et de travail des salariés, de leurs enfants, et des générations futures, a cru bon d’argumenter les raisons pour lesquelles elle condamnait le mouvement du 6 mars 2017 (en taclant au passage les syndicats membres de l’intersyndicale). Pourquoi, pour la CFDT, ne pas juste assumer, une fois pour toute, qu’elle est du côté du patron, et contre les intérêts des salariés ? C’est ce que l’Histoire nous prouve. Et cela aurait au moins le mérite de la clarification. Le jour où on rétablira l’esclavage, parions que la CFDT ne s’y opposera pas, ne serait-ce que pour pouvoir se targuer d’avoir négocié le poids des chaînes… (au plus court et au plus lourd, bien sûr… dans l’intérêt du patron…)

Pour lire la plateforme revendicative intersyndicale, cliquer ici

Contre les suppressions d’emploi à la DIRECCTE : Non aux zones de non droit du travail !

Un nouveau plan social massif décidé nationalement par le Ministère du travail et décliné localement s’attaque aux services de l’Inspection du travail et de la DIRECCTE Grand-est.

C’est là l’application de la scélérate loi Macron qui, pour dérouler toujours un peu plus le tapis rouge devant les patrons, a dépénalisé de nombreuses infractions commises par les employeurs, et a dessaisi les inspecteurs et contrôleurs du travail d’un certain nombre de leurs prérogatives.

La CGT  a eu connaissance d’un document de la Direction qui prévoit la suppression de 26 postes d’Inspecteurs et de Contrôleurs du travail soit 13% des effectifs actuels (212 postes d’Inspecteurs et contrôleurs aujourd’hui en section d’Inspection –c’est-à-dire sur le terrain- contre 186 demain !).

Demain, ce sera encore plus de zones de non droit du travail sur tout le territoire régional ! Encore moins de possibilités pour les salarié-es d’accéder à un service public de renseignement en droit du travail, encore moins de possibilité de faire respecter la règlementation du travail et de lutter contre la délinquance patronale ! Encore moins de services publics avec en sus des 26 postes supprimés, 24 autres postes supprimés au sein des services dits « supports » ou « emplois » de la Direccte GRAND EST.

Les anciennes régions sont toutes touchées. Pour reprendre l’exemple le plus marquant : dans l’ancienne Champagne Ardenne, le nombre de poste d’Inspecteurs et de contrôleurs affectés au contrôle des entreprises était de 66, il a été réduit à 57 dans le cadre de la précédente réforme et passerai à 43 dans le cadre de ce nouveau plan de casse.

Nous exigeons le retrait immédiat de ce plan social et des garanties quant au maintien de l’ensemble des postes et à la mise en œuvre d’un plan d’urgence de création de postes.

Agences d’emploi privées : un décret précise leurs rôles… sans nous rassurer

Le décret 2016-1629 du 29 novembre 2016, publié au Journal officiel du 1er décembre, définit le rôle des agences d’emploi privées, les conditions de travail de leurs salariés et les limites du traitement des données personnelles des travailleurs dont elles se chargent. Le décret officialise la ratification de la convention n°181 de l’OIT sur le sujet, qui avait été autorisée par la loi du 13 mars 2015.

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Ce décret concernant les agences d’emploi privées est paru au Journal officiel du 1er décembre 2016. Il porte publication de la convention n°181 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative aux agences d’emploi privées, adoptée à Genève le 19 juin 1997 et dont la ratification a été autorisée en France par la loi n°2015-278 du 13 mars 2015.
Cette convention réglemente l’intervention des agences d’emploi privées. Elle prend acte de leur existence et pose un cadre protecteur pour l’exercice de leur activité. Ainsi, le décret précise qu’une agence d’emploi privée, qui est une personne privée ou morale, indépendante des autorités publiques, fournit un ou plusieurs services se rapportant au marché du travail : des services visant à rapprocher offres et demandes d’emploi, des services consistant à employer des travailleurs dans le but de les mettre à la disposition d’une tierce personne physique ou morale qui fixe leurs tâches et en supervise l’exécution, et d’autres services ayant trait à la recherche d’emplois (fourniture d’informations par exemple).

Le décret indique aussi que le traitement des données personnelles concernant les travailleurs doit être effectué dans des conditions qui protègent lesdites données et respectent la vie privée des travailleurs, et doit être limité aux questions portant sur les qualifications et l’expérience professionnelle des travailleurs concernés et à toute autre information directement pertinente.

Le décret insiste enfin sur la protection accordée aux travailleurs employés dans ces agences en matière de liberté syndicale, négociation collective, salaires minima, horaires, durées du travail, prestations légales de sécurité sociale, accès à la formation, etc.

Ce décret « ne change pas grand-chose », explique la Direction Générale de Pôle emploi. « Et il ne faut pas y voir un signe particulier » de recours croissant aux agences privées (ben voyons !..)

Rappelons qu’en 2009 Pôle-Emploi avait confié l’accompagnement de 320.000 demandeurs d’emploi à une trentaine d’opérateurs privés.
Une analyse de la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques au Ministère du Travail) a fait l’objet en 2013 d’un rapport sur « L’accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi : évaluation du recours aux opérateurs privés par Pôle emploi de 2009 à 2011 », qui montre que les taux d’emploi et d’emploi durable sont plus élevés pour les demandeurs d’emploi accompagnés par Pôle emploi.
Un rapport de la Cour des comptes a critiqué la gestion faite par Pôle emploi des sous-traitants privés.

Si suite à ces rapports Pôle emploi ne confie plus à ses opérateurs privés (pour le moment) que les publics les plus proches de l’emploi (dispositifs Activ’emploi et Activ’projet), nous avons cependant toutes les raisons d’être inquiets pour l’avenir lorsque l’on entend les propos de certains candidats à l’élection présidentielle 2017 qui prônent la réduction drastique des effectifs publics et le recours à la privatisation de pans entiers des services publics.

Bob-emploi.fr c’est quoi ?

« Bob-emploi.fr » a été créé par Paul DUAN, originaire de Trappes, le « petit génie des algorithmes » qui a pris « l’ascenseur social » et veut enrayer le chômage. Il a 24 ans, est diplômé de Science-Po et Berkeley, et a fondé en 2014 une ONG américaine (Bayes Impact) pour « résoudre les problèmes de société » grâce aux algorithmes.

Cette initiative, qui peut séduire de premier abord, est de nature à inquiéter aussi :
-Paul DUAN a prétendu dans de nombreux médias pouvoir réduire de 10% le chômage en France en une année (rien de moins…). Bref, faire mieux, avec un algorithme, que plus de 50000 salariés de Pôle emploi qui travaillent d’arrache-pied et avec professionnalisme dans des conditions pourtant difficiles… (Paul DUAN est revenu très rapidement sur ses déclarations en indiquant que « 1% de baisse serait déjà très bien… »)
-Bob Emploi est un algorithme reposant sur le Big Data. Bref, il n’est pas fondé sur une construction scientifique ou logique, mais sur une simple concordance de probabilités.
Exemple : selon les statistiques, par hasard de nombreux plombiers s’appellent Michel ; conclusion de l’algorithme de Paul DUAN : si tu t’appelles Michel tu as de forte chance d’être fait pour le métier de plombier !!! (merci Bernard pour cet exemple… 😉  )
-Cet algorithme hasardeux a été développé notamment à partir de données fournies par Pôle emploi…
-Paul DUAN explique : « Notre vision à travers Bob Emploi est de poser la première pierre d’un véritable service public citoyen ». Tiens, tiens, un service public de l’emploi (comme Pôle emploi, même si notre service est régulièrement mis à mal par les médias, nos gouvernants, et notre Direction…) ne suffirait pas ?! Un « service public citoyen » c’est quoi ? Quelque chose qui se substituerait au service public administratif… ?! Et Paul DUAN, qui ne doute visiblement de rien, poursuit : « Ensemble créons le service public de demain ».
-« Bob-emploi fonctionne notamment grâce aux contributions de chercheurs d’emploi, de conseillers Pôle Emploi, mais aussi d’individus provenant de tous horizons ». Bref : tout et n’importe quoi peut être mis à contribution, avec tous les risques que cela peut engendrer pour les chercheurs d’emploi…

Testez vous-même le site Bob-emploi.fr, et faites-vous votre opinion…

Pour la CGT, en l’état actuel des choses, Bob emploi.fr est au mieux anecdotique et accessoire, au pire dangereux, et « l’adoubement » du Ministère du travail et de Pôle emploi a de quoi inquiéter…