Assurance chômage : la CGT refuse de négocier la régression sociale !

Le président et son gouvernement inscrivent la refonte de l’assurance chômage dans la poursuite de la casse du code du Travail. Plutôt que de se questionner sur les dégâts répétés de l’austérité, ils ont donné l’ordre de chercher de nouvelles économies.
Le projet de loi « liberté de choix de son avenir professionnel » devait terminer son parcours parlementaire en août mais le président et le gouvernement ont annoncé plusieurs amendements pour prévoir une nouvelle négociation assurance chômage à l’automne.

Les plans du gouvernement

La Convention Unedic négociée en 2017 et entrée en vigueur en novembre fait déjà 900 millions d’économies annuelles et doit durer jusqu’en 2020. La CGT a refusé de la signer.
Aujourd’hui, le gouvernement à la fois veut avancer d’un an (à juin 2019) la définition de nouvelles règles pour faire des économies de l’ordre de 4 milliards d’euros et a prévu un encadrement financier préalable, contraire à l’autonomie de la négociation que nous revendiquons.
Quels sont les dangers pour les droits des allocataires à l’assurance chômage ?
La lettre de cadrage du Premier Ministre envoyée le 25 septembre aux partenaires sociaux annonce la nécessité de baisser les droits de 3,9 milliards d’euros sur 3 ans ! En additionnant les 500 ou 600 millions d’euros de droits récemment introduits par la loi pour les démissionnaires et les quelques indépendants, c’est une baisse de 4 milliards d’euros qui pourrait être imposée, soit en moyenne de 4 % à 12 % des allocations !
Sans surprise, le grand patronat est épargné : pas de « bonus-malus » mais un appel vague à la « responsabilisation des entreprises » et pas d’augmentation globale des cotisations patronales. En revanche, les chômeurs indemnisés (42,8 %) sont visés et, tout particulièrement, les travailleurs précaires.
Le gouvernement reparle de dégressivité des allocations – et pas seulement pour les cadres – et aussi de sanctions accrues pour obliger les salariés à accepter des emplois dégradés.

Que propose la CGT ?

Pour la CGT, il est indispensable de renforcer la solidarité – à l’heure où seulement 43 % des chômeurs sont indemnisés – et de lutter contre la précarité pour l’éradiquer !
La CGT propose un droit au travail, un revenu de remplacement pour toutes celles et tous ceux qui en sont privés ! Cela passe par l’égalité salariale femmes-hommes, par la prise en compte de la situation des primo-arrivants, notamment les jeunes sortant des études, par des mesures pour les séniors et pour les chômeurs de longue durée.
Nos propositions peuvent être financées par la remise à plat des exemptions et exonérations qui assèchent le financement de la toute la protection sociale (sécurité sociale, retraites complémentaires comme assurance chômage). Nous revendiquons le déplafonnement des cotisations sur les plus hauts salaires (au-delà de 13 000 euros mensuels).
Pour lutter contre la précarité sous toutes ses formes, nous développons nos propositions de sur-cotisations sur les contrats en CDD et sur les CDI à temps partiels imposés.

Devons-nous aller négocier ?

Il n’est évidemment pas question pour la CGT de négocier à la baisse les droits des chômeurs. Nous refusons le principe et le contenu de la lettre de cadrage et nous avons l’intention de négocier sur la base de nos propositions.
Nous proposons donc de commencer la négociation en annonçant que nous refusons de nous inscrire dans la lettre de cadrage du gouvernement et que nous rechercherons l’unité syndicale pour aller dans ce sens.

Chiffres du chômage : toujours pas de baisse… de la précarité

La ministre du Travail ne commente plus les chiffres du chômage, elle a même changé le thermomètre pour ne plus commenter les chiffres des inscrits à Pôle Emploi qui sont pourtant terriblement graves. 
Le chômage ne baisse globalement pas, ni en métropole, ni en Outre-mer. La catégorie A augmente même de 0,1 %, entre le premier et le deuxième trimestre, à plus de 3,2 millions de chômeurs n’ayant pas pu travailler du tout. 
Mais, les chiffres des catégories B et C sont tout aussi terribles : les travailleurs précaires, visés par la double peine de leur précarité forcée et de la baisse des allocations (quand ils en bénéficient) sont désormais 2 222 600, en augmentation de 4,3 % sur un an. 
Le président Macron a lui-même annoncé une nouvelle négociation pour faire plaisir au nouveau président du Medef et éviter, ainsi, toute surcotisation patronale sur les contrats courts. Le gouvernement entend également fondre dans l’assurance chômage certains minima sociaux comme l’ASS (allocation spécifique de solidarité, ouverte dans certains cas aux chômeurs en fin de droit). 
On admire le double discours : officiellement, il s’agit de créer une allocation pour chômage de longue durée, alors que le gouvernement entend en réalité économiser 2,4 milliards d’euros de prestations sociales. 
La politique menée depuis des années conduit à la destruction des emplois et de la protection sociale : Macron cherche à faire croire que la potion libérale n’a pas été efficace parce qu’elle n’a pas été assez forte…
Exigeons une politique de relance et soyons vigilants, dès la rentrée, lorsque les négociations assurance chômage reprendront en septembre !

La galère des chômeurs qui ne maîtrisent pas internet

Voici un intéressant article publié sur LExpress.fr le 25 juillet 2018 :

Utiliser une appli pour trouver un job, scanner son CV ou même s’inscrire à Pôle emploi est ardu pour beaucoup de demandeurs d’emploi.

Mauvaise maîtrise des outils, absence d’équipement (smartphone, ordinateur…) ou problème d’accès internet. Au total, 14 millions de Français sont « éloignés du numérique », estime France Stratégie, institut rattaché à Matignon, dans un rapport publié début juillet intitulé « les bénéfices d’une meilleure autonomie numérique« . Et il y a parmi eux une surreprésentation des plus âgés, des ouvriers, des personnes peu diplômées et des « sans activité professionnelle. »

Problème : depuis 2016, l’inscription à Pôle emploi se fait obligatoirement par internet. Conséquence : à l’agence du centre-ville de Roubaix, six jeunes en « service civique » se relaient à l’accueil pour aider les demandeurs d’emplois dans leurs démarches. L’agence travaille aussi avec l’association « Emmaüs connect » pour les chômeurs les plus éloignés du numérique et met en place des ateliers spécialisés, explique à l’AFP sa directrice, Zhora Elbasri.

D’après une étude de l’opérateur public, une personne sur cinq se déplace physiquement pour s’inscrire et 28 % au total ont eu besoin d’une aide, qui peut se faire aussi par téléphone. « Certains n’ont pas d’ordinateur, ou ne sont pas sûrs d’avoir bien scanné un document », illustre Tarik, 21 ans, en service civique depuis juin à Roubaix.

« Etre absolument visible »

Des demandeurs ont besoin de « quelqu’un pour les aider », voire qu’on écrive les mails « à leur place », détaille Rose-Marie Péchallat, ancienne conseillère Pôle emploi. Une démarche qui est loin d’être aisée. « C’est une certaine humiliation de venir, de dire  »Moi je veux qu’on m’aide » ou  »Je ne comprends rien à ce qu’on me dit » », décrit celle qui aide depuis plusieurs années les chômeurs en difficulté avec l’opérateur, grâce à un forum internet

S’inscrire à Pôle emploi n’est que le premier défi à relever quand on ne maîtrise pas internet. Selon une étude de la Dares (1), 41 % des établissements utilisent leur site web pour recueillir des candidatures. Et dans 45 % des recrutements, internet a été directement mobilisé pour diffuser des annonces ou consulter des CVthèques. « Compte tenu du fait que 75 % des emplois nécessitent au moins la maîtrise des compétences numériques de base, un individu a plus de chances d’avoir un emploi s’il maîtrise ces compétences que dans le cas contraire », rappelle France Stratégie.

Pour ne pas laisser certains chômeurs à quai, l’association « Solidarité Nouvelles face au Chômage » (SNC) a d’ailleurs mis en place des ateliers numériques. « Nous avons aussi beaucoup de seniors qui ont une adresse mail et qui ne s’en servent jamais », explique Hélène Cazalis, délégué générale adjointe. De surcroît, et même s’il ne faut « pas tout miser sur le numérique », il faut néanmoins comprendre les nouvelles logiques de recrutement liées à internet. Les employeurs « cherchent leurs candidatures dans un vivier » si bien qu' »il faut absolument être visible ». « Quelqu’un qui ne remplit son CV qu’à 60 % n’apparaît pas du tout, et cela c’est peu connu des demandeurs d’emploi, ajoute-t-elle. Elle estime aussi que « réseaux sociaux professionnels » pour la recherche d’emplois sont souvent « sous-utilisés ».

(1) Comment les employeurs recrutent-ils leurs salariés ?, étude parue en octobre 2017.

 

Revalorisation des allocations chômage : malgré l’unité des organisations syndicales, le patronat bloque une vraie augmentation

Le conseil d’administration de l’Unedic du 29 juin 2018 a abordé, comme chaque année, la revalorisation des allocations chômage.
La CGT a rappelé que seuls 42,8 % des demandeurs d’emploi sont indemnisés. Cela nécessite de revoir complètement les règles d’indemnisation et d’instaurer enfin une sécurité sociale professionnelle, pour assurer un revenu de remplacement pour toutes et tous.
Notre délégation a également rappelé que la très grande majorité des demandeurs d’emploi indemnisés le sont à un niveau d’indemnisation faible. Ainsi, 37,6 % des chômeurs, soit 3 millions de personnes, se situent en dessous du seuil de pauvreté.
De plus, nous continuons de dénoncer l’augmentation de la précarité, encore démontrée par les chiffres du chômage de mai, fruit de la politique de flexibilisation de l’emploi voulue par les différents gouvernements et le patronat.
Dans un contexte de remise en cause des droits des salariés privés d’emploi par la loi cyniquement appelée « liberté de choisir son avenir professionnel » et d’annonces de remise en cause des minima sociaux par le gouvernement, la CGT a demandé d’augmenter toutes les allocations de 4 euros par jour, ce qui correspond à un (petit) repas moyen.
Après une interruption de séance et une nouvelle demande unitaire minimale des organisations syndicales d’une augmentation à 1 %, le patronat, parti de 0,3 %, est resté bloqué à 0,7 %. Cela ne correspond qu’à un trimestre d’augmentation des prix !
Les organisations syndicales se sont abstenues pour ne pas risquer de rester à 0 % de revalorisation.
La CGT salue les demandeurs d’emploi et travailleurs précaires qui se sont mobilisés et dénonce l’attitude du patronat, emmené par le Medef, qui continue de baisser en euros constants les allocations, comme il empêche l’augmentation nécessaire des salaires !

Assurance-Chômage : le tacle du Conseil d’Etat

Le Conseil d’Etat a censuré des articles majeurs du volet assurance-chômage relatif au projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Il rappelle notamment que la cotisation est le socle du financement de la protection sociale et demande à l’exécutif de s’interroger sur son remplacement par l’impôt. Il juge aussi illégale la nouvelle définition de l’offre raisonnable d’emploi.

Projet « 0 chômeurs » : premier bilan

L’expérimentation « Territoires zéro chômeurs de longue durée » mise en place depuis la loi du 29 février 2016 au sein de 10 microterritoires, a permis de sortir du chômage 420 personnes soit, en équivalent temps plein, 353,5 postes créés. Pour rappel, un total de 2000 CDI est envisagé à l’horizon 2021, pour un budget de 15 millions d’euros.

La CGT insiste sur la nécessité de proposer de véritables emplois aux chômeurs de longue durée.